100TAUR et CosyCan Print unissent leurs talents pour ‘AI THETAI’

L’art contemporain et la sérigraphie fusionnent dans une collaboration exceptionnelle entre l’artiste 100 Taur et l’atelier de sérigraphie CosyCanPrint. L’interview révèle comment 100 Taur tire son inspiration de la nature, de la mythologie et de son enfance pour créer des œuvres polymorphes. De son côté, CosyCanPrint explique les défis techniques derrière la sérigraphie ‘AI THETAI’, célébrant cette union entre l’art et la technologie. Une histoire fascinante d’innovation artistique à découvrir dans la Collection Art & Cadres.

Dans cette interview exclusive réalisée pour Art et Cadres, nous plongerons dans l’univers artistique de 100 Taur, explorant les inspirations, les techniques et les messages profonds qui sous-tendent ses créations innovantes.

Préparez-vous à un voyage au cœur de l’art contemporain alors que nous levons le voile sur l’artiste énigmatique derrière les chefs-d’œuvre qui éblouissent le monde de l’art.

Interview 100TAUR

1 – Peux-tu te présenter ? Pour quelle(s) raison(s) as-tu choisi le nom “100Taur” ? 

C’est le Centaure mourant, statue d’Antoine Bourdelle devant laquelle je passais tous les jours en allant au lycée et situé devant l’actuel MIB – Musée Ingres – Bourdelle-, qui a inspiré mon pseudonyme. 

 

2 – Comment décrirais-tu ton style artistique ?

Je dirais tout d’abord que je n’aime pas l’idée d’être enfermé dans une case, que ce soit celle du street-art, graffiti, comme celle du peintre devant sa toile. La vie est complexe, la création l’est tout autant. Je me considère comme un artiste multiple, avec un style que je construis au gré de mes lectures, de mes voyages, de ce que je vois. Lorsque j’aime quelque chose, j’aime m’en imprégner totalement.

S’il faut lui trouver un héritage, on peut dire que mon travail s’affilie au mouvement LowBrow, courant artistique né aux Etats-Unis empreint de culture populaire et underground.

 

3 – Quelles sont tes principales sources d’inspiration pour donner vie à tes créations artistiques ?

La nature, les animaux, l’océan et les rivières, mon enfance et tout ce que j’ai vécu qui m’ont profondément modelé.

J’ai grandi dans une famille qui accorde une grande place aux voyages, à la mythologie et à la culture en général. Mes grands-parents paternels en particulier me fascinaient pour leur curiosité, leur faculté à s’étonner sans cesse, ainsi que pour leur ouverture au monde et à l’altérité. Baroudeurs, ils ont traversé l’Europe et certains pays du Moyen-Orient en voiture, parcouru l’Inde du Nord au Sud jusqu’à l’âge de 87 ans et connaissaient par cœur la Grèce et son histoire. Ils parlaient d’ailleurs couramment le grec moderne et lisaient le grec ancien sans difficulté aucune. Leur maison fourmillait de souvenirs rapportés de tous leurs voyages, et bien sûr de livres d’art et de médecine. Étant originaire de Montauban, je passais tous mes mercredis après-midis à dessiner, quand je n’allais pas au musée Ingres Bourdelle ou au muséum d’histoire naturelle Victor Brun, que j’invite d’ailleurs chacun à découvrir, pour son côté un peu suranné et magique.

J’ai également été marqué tout petit par l’œuvre de Tomi Ungerer, un de mes premiers chocs visuels est La grosse bête de Monsieur Racine! J’ai d’ailleurs toujours ce petit livre dans mon atelier.

J’aime également l’art primitiviste, le surréalisme, la science-fiction, l’horreur, tout ce qui se rapporte aux histoires des humanités et aux mythologies. Dans mon processus créatif, tout ce qui est trop réel m’ennuie au mieux, m’angoisse la plupart du temps! C’est probablement dû à une entrée compliquée dans l’adolescence. Le rêve et l’imagination offrent beaucoup plus de possibilités à mon sens, et de réconfort.

 

4 – Tu as une pratique artistique très étendue ; de la peinture sur toile en passant par le dessin et à la réalisation de fresques, comme celle actuellement en cours au Zénith de Toulouse. Peux-tu nous parler de ces différents aspects de ta démarche artistique ?

Je me considère comme un artiste multiple et, même si j’expérimente beaucoup et que je sculpte autant que je peins ou que je grave, mon univers est, je crois, très reconnaissable.

Le support ou la technique importent finalement peu : qu’il s’agisse d’un grand mur, d’une toile, d’une sculpture, une gravure ou un simple morceau de papier, je poursuis la même quête : la construction d’un univers qui m’est propre, dans lequel je me reconnais et qui donc est cohérent et honnête avec ce que je suis et les valeurs qui m’animent : l’amour de la nature, le respect tant des histoires (des mots comme des oeuvres d’art) qui ont bercé et bâti l’humanité depuis son premier souffle que de celles et ceux qui les ont imaginées et qui s’en sont fait les messager.e.s.

 

5 – Peux-tu nous décrire ton processus créatif, de la conception à la réalisation d’une œuvre ? Tes créations sont toujours riches en détails et en personnages, comment parviens-tu à maintenir une telle précision que ce soit sur petit format ou à grande échelle ?

Qu’il s’agisse d’une sculpture, d’un tableau, ou d’une peinture murale comme celle que j’ai réalisée au Théâtre des Mazades en septembre 2022 ou pour celles que je prépare pour le hall d’entrée du Zénith de Toulouse, peu importe le support et le format d’arrivée : je pars toujours d’un dessin, un crayonné minuscule, de quelques centimètres tout au plus. Lorsque la composition, le mouvement, l’expression des protagonistes conviennent, je reprends ce dessin sur un format de format A4. 

Mon univers se reconnaît notamment par la multitude de détails dont il est composé, symboles comme phrases  – le plus souvent en grec ancien -.

 

6 – Nous sommes enchantés de cette collaboration et de la création de cette sérigraphie exclusive pour la Collection Art & Cadres, qu’est-ce qui t’a motivé à entreprendre ce projet ?

J’étais enchanté à l’idée de travailler avec des personnes que je connais et notamment Art & Cadres. J’achète mes encadrements et mes toiles depuis des années chez Art & Cadres et je trouve intéressant la volonté de cette entreprise de mettre en avant des artistes de la scène locale. Cette démarche engagée témoigne d’un soutien affirmé d’un secteur (les arts plastiques) qui souffre, en France, d’un manque de soutien comparé à d’autres champs artistiques. Le support de la sérigraphie permet une multitude de déclinaisons et permet à celles et ceux qui le souhaitent d’acquérir plus facilement une oeuvre d’art.

7 – Peux-tu nous parler de l’histoire de cette œuvre intitulée “AI THETAI” ?

Cette oeuvre est un clin d’oeil à mes grands-parents. J’ai représenté une créature bienveillante, une chèvre damasquine, et tout ce qui me rappelle mes grands-parents et mon enfance : l’univers aquatique, les villages grecs, la pêche au crabe, la nature comme source de réconfort. J’aime à imaginer que les personnes qui souhaiteront se procurer cette sérigraphie détiendront alors une icône protectrice de leur foyer.

8 – Tu as travaillé en étroite collaboration avec l’atelier de sérigraphie Cosy Can. Peux-tu nous expliquer comment s’est déroulée cette collaboration entre artiste et sérigraphe ?

Kévin et moi nous connaissons depuis quelques années déjà et sommes amis. La collaboration a, de fait, été facile, ce processus d’échange tant été rôdé à plusieurs reprises.

Notre projet commun a consisté en un va et vient sur le choix des couleurs, la composition graphique…Nous avons fait le choix d’un maximum de couleurs pour donner à la sérigraphie ce côté ornemental. Cela a représenté un énorme travail tant technique qu’artistique. Je suis très heureux du résultat, la sérigraphie a un rendu magnifique qui rend parfaitement compte du mouvement que je souhaitais donner au personnage représenté.

Interview CosyCan Print

1  – Peux-tu te présenter ? Pour quelle(s) raison(s) as-tu choisi le nom “CosyCan Print” ?

Je m’appelle Kevin, et je suis cofondateur de l’Atelier CosyCan Print. Cet Atelier, nous l’avons créé avec Martin, mon cousin.

Pour vous expliquer le choix du nom de l’Atelier, il faut faire un petit retour en arrière, de quelques années. La première passion, que nous avons partagé puis pratiqué ensemble avec Martin, c’est le graffiti. Au départ, nous le faisions chacun de notre côté, puis nous avons commencé à peindre ensemble. Très vite nous avons eu la chance d’avoir un grand mur à disposition, dans le garage chez ses parents. Nous nous sommes mis à peindre régulièrement, et il nous fallait un nom de crew. On a choisi CosyCanCroo.

Alors quand l’envie de créer un Atelier de sérigraphie est apparue, nous voulions un nom qui nous représente. Naturellement nous avons pensé à CosyCan Print. Cet Atelier s’inscrit dans cette envie de partager une passion commune. Nous avons d’abord installé l’Atelier chez moi, dans mon garage, en 2018.

Puis en 2020 je l’ai lancé en tant que micro-entrepreneur, pour lui faire prendre une autre dimension. Et depuis, j’essaie de le développer à temps plein. Même si Martin a d’autres obligations, il reste présent dans le fonctionnement de l’Atelier quand j’ai besoin de conseils, quand il faut monter certains projets, et quand j’ai besoin d’un coup main.

 

2 – Peux-tu brièvement nous expliquer le principe de la sérigraphie ?

Pour une explication brève, la sérigraphie consiste à déposer une ou plusieurs couleurs sur un support, l’une après l’autre, à l’aide d’un écran et d’une racle. Nous pouvons comparer cette technique d’impression, à celle du pochoir.

L’écran est un cadre (en bois ou en aluminium) sur lequel est tendue une « soie ». Après tout une série de procédés techniques, et avec l’aide du typon (film transparent représentant les différentes couleurs), le motif apparaitra sur l’écran.

Si la sérigraphie se compose de plusieurs couleurs, il y aura autant d’écrans que de couleurs.

La racle est un objet, également en bois ou en aluminium, avec une gomme fixée tout le long, qui nous permettra de pousser l’encre à travers la soie, sur le support.

La qualité de ce geste est primordiale pour obtenir un dépôt d’encre idéal (pression exercée, inclinaison de la racle, rapidité…)

L’avantages de la sérigraphie, c’est de pouvoir imprimer en petite ou grande quantité, sur tous types de support (papier, bois, métal, verre, textile,…),avec un large choix d’encres (fluo, phosphorescente, à gratter, ..) et de vernis.

Le rendu final est très apprécié dans le milieu artistique, pour son aspect artisanal et la profondeur des couleurs imprimées.

Lors d’un tirage (impression d’une série), les principales difficultés rencontrées sont le bon calage des différents motifs qui composent l’illustration (plus il y a de couleurs, plus la difficulté s’accroît), et la qualité du dépôt d’encre.

Les motifs à imprimer peuvent être travaillés numériquement, mais également directement réalisés à la main.

Pour « AI THETAI » par exemple, 100Taur a dans un premier temps réalisé l’ensemble des typons à la main, puis nous en avons retouché certains numériquement, en essayant d’avoir le rendu le plus spontané et le plus fidèle possible à l’illustration originale.

 

3 – Parmi toutes les étapes du processus de création en sérigraphie, quel moment préfères-tu le plus et pour quelle raison ?

Pour réaliser une sérigraphie toutes les étapes sont importantes. La mise en place du projet, les premiers échanges avec l’artiste, la création des cadres, des teintes… l’impression. J’apprécie chaque étape, car elles sont toutes en lien. Pour avoir un projet final qui correspond aux attentes et aux envies des personnes qui l’ont commandé, et/ou de l’artiste, il faut que tout s’accorde correctement. Puis quand le travail d’atelier est terminé, livrer le projet, recevoir les premières réactions.. C’est une étape à la fois stressante, excitante et gratifiante.  

Pour AI THETAI , il reste la dernière étape.. Le lancement de la sérigraphie, le 28 septembre ! Je suis impatient de voir l’accueil qu’il lui sera réservé ! 

 

4 – Durant la réalisation de AI THETAI, quels sont les défis auxquels tu as été confronté afin de sérigraphier la création de 100TAUR ?

A vrai dire, l’ensemble de la réalisation de cette sérigraphie a été un gros défi car c’est la première fois que l’Atelier a dû imprimer une sérigraphie avec autant de couleurs.

Au-delà du défi technique concernant la précision que représente un projet comme celui-ci, le plus gros challenge était celui de la mise à la teinte. C’est-à-dire, la création des couleurs.

Il a fallu dans un premier temps, échanger avec 100Taur pour savoir et comprendre dans quelle direction il souhaitait aller, et l’ambiance qu’il voulait pour cette illustration. Car comme il l’explique lui-même, tous les projets de 100Taur débutent par un crayonné.

Après plusieurs rdv, nous avions notre feuille de route. 14 couleurs dont 10 créations. Avec comme particularité, d’avoir pour chaque couleur créée, une base en commun. Nous souhaitions que tout ait un lien. Ce qui nous a poussé à modifier jusqu’à la dernière minute certaines teintes, pour qu’elles s’accordent aux mieux. Et nous sommes vraiment très contents du résultat. 

5 – Peux-tu partager une anecdote sur la réalisation de ce projet ou des détails techniques intéressants à son sujet ?

Je n’ai pas d’anecdote particulière à raconter… mais j’aimerai profiter de l’occasion pour remercier l’ensemble des personnes qui ont pris part à ce projet vraiment important pour l’Atelier. Constance et Matthieu, François, pour leurs confiances, leurs conseils, toujours à l’écoute, patient et bienveillant.

Bien évidemment 100Taur. Je connais Nicolas depuis quelque temps maintenant, et c’est la 7ème sérigraphie que nous faisons ensemble. Nous sommes amis, et ce que j’apprécie dans le fait de travailler ensemble, c’est toujours ce besoin et cette envie d’expérimenter des choses nouvelles. De sortir mutuellement de notre zone de confort pour essayer de réaliser le meilleur projet possible.

Un énorme merci à Martin !